Démarche
De la vie sauvage à la vie mondialisée, ce projet est une expérimentation du temps
présent et ses distorsions à travers les notions de vitesse et d’allure d’une société. Je
souhaite traduire et interpréter ces observations à la manière d’un alchimiste, transformant les connaissances (sciences physiques, sociales, économiques...) en formes artistiques variées se
rapportant au contexte. Une forme induit une origine, donc une mémoire. L’enjeu sera de les découvrir et de les associer, participant ainsi à l’inventaire d’une encyclopédie mémorielle artistique
du monde.
LE PROJET
En Uruguay existe une ville côtière nommée Atlántida, non loin de Montevideo.
Elle sera le point de départ de l’expédition, une boucle dont cette ville sera le point d’origine et le point d’arrivée.
Tout le long du périple, des rapports seront faits entre mes découvertes (visuelles, historiques, sensitives,..) et l’Atlantide, ou plus exactement, tout ce que le mythe de l’Atlantide peut
englober dans son sens le plus large: légendes locales, mise en relief des différents points de vue selon la société humaine à laquelle ils se rattachent, la religion (majoritairement
chrétienne), les impacts humains sur les écosystèmes, la prise de connaissance des conflits et développements industriels comme enjeux locaux et internationaux.
Je développerai aussi un intérêt pour les sciences naturelles telles que la géologie, la biologie... à travers la rencontre de biologistes, enthomologistes, et autres spécialistes scientifiques
donnant prétexte à produire des formes artistiques.
L’équipée utilisera différents moyens de transports, du vélo au pick up, du bus au radeau, et du radeau au bateau afin de nous donner un aperçu d’une société mondialisée en activité: ses rapports et échanges entre intérieur et extérieur à travers les zones portuaires, les zones d’extraction de matières premières et de production énergétique, ses particularismes et ses points communs. Je tenterai de faire dialoguer ces aperçus des différentes facettes de notre société avec mes recherches atlantes.
À l’heure de l’hypercommunication, de la nano-seconde d’avance valant des millions, nous prennons délibérément -summum du luxe dans la société occidentale- le parti de prendre notre temps: des
moyens de transports variés, lents, expérimentaux, à l’efficacité instable, comme exploration du champ des possibles face à l’omniprésence donnée au présent.
Cette temporisation du temps et de l’espace nous aidera à prendre du recul sur la société dont nous sommes issus, comme Montesquieu put le faire à son époque avec ses «Lettres Persanes».
LA SYMBOLIQUE DES NOMS
Atlantida, au bord de l’Atlantique («la mer d’Atlas», le premier roi de l’Atlantide), est un peu ce continent perdu et fantasmé, de haute technologie et en avance sur les autres peuples.
Atlas est proche de Pangée, puisque ce mythe nous parle d’origines, l’élément aquatique en plus. Dans la mythologie, Atlas le Titan soutient la voûte céleste; il porte le monde, comme l’atlas
géographique porte les connaissances topographiques du monde, qu’il s’agisse de surfaces émergées ou
immergées .
Pangée est pan-gée = pan-gaïa = toute la terre.
Il s’agit également d’un retour aux origines pour moi, puisque c’est là que s’est établie une partie de ma famille pour vivre.
Le point de passage: Urugaiana/Paso de los Libres: deux villes dans deux pays, séparées par le fleuve Uruguay, lequel mène à la «République Orientale de l’Uruguay», c’est à dire le territoire qui se trouve à l’orient du fleuve Uruguay. Symboliquement donc, Urugaiana -située au Brésil- est un peu aux origines de l’Uruguay. Paso de los libres (l’arrêt/l’étape des libres) se situe en face, de l’autre côté du fleuve, en Argentine.
Tacuarembo: Auparavant nommée San Fructuoso, c’est la seule ville d’Uruguay qui porte un nom indien.
Ce nom vient de son affluent: le rio Tacuarembo, à l’origine Tacuaremboty en langue guarani, qui signifie «rivière de roseaux» et tacuaras qui est une espèce de bambou plus fine.
Colonia del Sacramento: c’est la plus vieille ville de l’actuel Uruguay, première colonie (comme son nom l’indique) européenne, fondée par les portuguais.